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Aimé césaire est mort… n’oublions pas de le lire

Aimé Césaire est mort. Tous les médias bruissent de cette nouvelle. Vous savez déjà donc pour les funérailles nationales.
Vous avez une petite idée de ce qu’il a fait, puisque l’heure est à la nécrologie.
Au milieu de toute cette émotion, il serait trop dommage de pleurer un poète sans jamais l’avoir lu, alors c’est ce qu’on va faire :

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture
on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions.
Je dirais orage.
Je dirais fleuve.
Je dirais tornade.
Je dirais feuille.
Je dirais arbre.
Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées.
Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d’une forêt de bêtes traquées de machines tordues d’un jujubier de chairs pourries d’un panier d’huîtres d’yeux d’un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d’une peau d’homme j’aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu’à la forêt vierge et folle
que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage
montrer aux yeux indéchiffreurs des hommes


Pour la suite, ça s’appelle « cahiers d’un retour au pays natal »
… Juste monumental !

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