Ciné, la classe

Mammuth [Critique]

On n’entend a peu près que du bien sur le dernier film de Gustave Kervern et Benoit Delepine, alors forcément j’y suis allé avec un à-priori sacrément positif.
Ce sentiment était d’autant plus vrai que j’avais été sacrément emballé par leur précédent long-métrage, le délirant Louise-Michel dont j’avais dit beaucoup de bien à l’époque.
Puisque je n’aime pas les faux suspenses, autant vous dire tout de suite que je n’ai pas été déçu. En revanche, j’ai été particulièrement surpris. 
 
Vous avez probablement déjà entendu trois mots de la trame générale : 
  • Serge Pilardosse a multiplié les petits boulots tout au long de sa vie.  Mais quant arrive l’heure de la retraite, il a la mauvaise surprise de découvrir qu’il ne peut en profiter dès lors certains employeurs omis de le déclarer . Parce qu’il faut bien trouver de l’argent, alors que Catherine, son épouse ne supporte plus son travail de caissière, il n’a d’autre choix que de partir  sur les routes en quète des justificatifs manquants.  Il enfourche sa vieille moto  « Munch Mammuth » des années 70 entame un périple au cours duquel chaque rencontre sonne comme un retour dans son passé. 
 
S’il n’est pas étonnant de trouver les deux compères de Groland à la tête d’une histoire à la fois délirante, populaire et socialement engagée, il m’a paru moins attendu de les voir réaliser un road-movie nostalgique empreint de poésie.  
Certes, on retrouve ici ou là dans Mammuth des scènes teintées d’un humour atroce grinçant, mais c’est bien la poésie qui domine.
Par certains aspects, le film rappelle d’ailleurs le formidable broken flowers de Jim Jarmush. 
 
Une fois encore, Kervern et Delepine ont su s’entourer de la fine équipe d’acteur qui peuple habituellement ses films ; de Benoit Benoit Poelvoorde à Yolande Moreau. 
Mais ici, c’est bien Gerard Depardieu qui porte le film sur ses épaules. 
L’acteur prend un plaisir visible à jouer sur le contraste entre le physique impressionnant de son personnage et son caractère à la fois paisible et passif. 
L’ensemble donne un effet comique immédiat qui marche extrêmement bien.
 
 
Sur le fond, à mon sens, il s’agit donc d’un sans faute. 
 
J’ai toutefois quelques réserves sur la forme. 
Réalisé avec peu de moyens, le film prend parti d’un traitement de l’image volontairement un peu sale qui ne m’a pas totalement emballé. 
De même,  le parti pris parfois abrupt de certains montages ne m’a pas toujours satisfait. 
La prestation d’Isabelle Adjani enfin, certes strictement encadré par un rôle fantomatique, m’a paru un peu surfaite.
 
Mais vous le voyez, je pinaille.
Allez-y les yeux fermés, ne serait-ce que pour vous rappeler pourquoi on dit de Depardieu qu’il est un si grand acteur.

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