à vif

L’enveloppe cachetée

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Ça avait pourtant commencé de la manière la plus anodine, sous la forme d’une enveloppe glissée dans la boite aux lettres par le facteur.

C’est une enveloppe de couleur beige, presqu’orangée, faite dans un papier recyclé très granuleux.

Il n’a pas de motif de craindre le contenu de cette enveloppe. Au contraire même puisqu’au devant elle porte cette écriture si familière. Alors il monte les escaliers qui le séparent de son appartement, avec ce pas nerveux dont il a l’habitude. Une fois dans le salon, il pose l’enveloppe sur la table et reprend la lecture de son livre là où il l’avait arrêtée la veille.

A ce moment précis, il pourrait se rendre compte que quelque chose déraille. Recevoir des nouvelles par la poste en provenance d’amis chers, c’est toujours une sorte de cadeau. Or les cadeaux, d’habitude, il s’empresse de les ouvrir. Les enveloppes, il les déchire d’ordinaire par le coté, comme un papier cadeau qu’on déchire sans méthode.

Mais celle-là reste sur la table du salon jusqu’au lendemain.
Cette enveloppe abandonnée devrait être un signal pour lui, une alerte orangée qui insiste sur la table.

Mais il persiste à l’ignorer.

Un jour passe jusqu’à la seconde alerte, qui survient lorsqu’il prend l’enveloppe, et la pose sur la bibliothèque. Pourquoi ne l’ouvre t’il pas ? C’est peut-être un dessin fait par l’un des enfants, des nouvelles ou un mot gentil peut-être ? Ils ne l’ont jamais habitués à autre chose après tout.

Un mois s’écoule sans que l’enveloppe ne bouge de la bibliothèque.
Et c’est lorsqu’il la remarque, après être passé tous ces jours sans la voir qu’il comprend qu’il a un problème.

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à vif, Billets

A balles réelles…

Quatre murs gris en pierre médiévale et de larges fenêtres au delà desquelles s’écoule un canal qui maintient l’allure d’une roue à aube. Elle est vraiment jolie cette salle. Au fond, il y a encore des chaises empilées, bien qu’une dizaine d’entre elles aient été disposées en demi cercle à l’autre bout.

Et sur l’une de ces dernières, tout à coté de la fenêtre du fond, j’ai le plat de la main gauche collé sur la  bouche, tandis que l’autre soutient mon coude. Je suis légèrement penché en avant, ce qui rend la position plus confortable. C’est  l’une de ces postures typiques que j’adopte lorsque j’écoute attentivement.

Par la fenêtre, le soleil réchauffe mon dos. Si je m’écoutais, j’irais chercher l’une de ces brioches attirantes que fait dorer le boulanger fantasque qui fait parler dans le quartier.

Sauf que je me suis laisser convaincre de participer à une formation qui doit m’occuper l’essentiel du week-end. Il s’agit d’apprendre à lutter contre le racisme à l’aide d’une approche non violente.

Ce n’est pas si nébuleux que l’on pourrait le supposer de prime abord.

Esquissé à gros traits, l’enjeu est d’apprendre à répondre à ce vieil oncle avec qui l’on est parfois amené à déjeuner. Celui qui, juste avant le fromage, sort une remarque blessante pour la moitié de la terre sous les apparences du bon sens élémentaire.

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à vif

L’heure de la rupture

L’autre jour j’ai réalisé qu’en amour on ne m’avait jamais quitté.

Je marchais, un livre audio dans les oreilles, mon attention équitablement partagée entre la voix d’Eric Herson-Macarel et les contours du Mont-Ventoux nappés de nuages crémeux lorsque l’idée s’est formée.

Ce n’est pas que  je me pense si séduisant que l’on ne puisse envisager que me quitter. Tout d’abord, il faut garder en tête que mon étude se limite aux femmes qui ont voulu de moi. Ça ne fait pas beaucoup de monde. Et puis, la vérité c’est que j’ai longtemps pris mes jambes à mon cou au moindre signe de lassitude. J’étais lâche plutôt qu’irresistible, Je partais avant l’ennui, avant les disputes. Un prétexte m’aidait à quitter tant qu’il restait du beau, comme s’il était possible de laisser les souvenirs en l’état. Comme si les instants vécus étaient une toile sur laquelle il ne faut plus rien ajouter sous peine de l’amoindrir.

Les idées sont mouvantes comme les nuages. Si on les scrute suffisamment longtemps, elles changent de forme, si l’on cesse de les observer elles continuent leur bonhomme de chemin par elles-mêmes.

Longtemps, je ne me suis pas assez investi en amour, mais mon comportement a été exactement inverse en amitié. Cette pensée-là m’est apparue l’autre jour avec la netteté des idées mures lorsqu’il est venu nous rejoindre, quelque part aux alentours de l’heure du café.

Je ne suis pas de ces chefs de bande qui invitent frénétiquement ou sortent  suivis de bruits et de gens. Mes amitiés sont longues et paisibles. Si le temps m’a appris à savourer le calme en amour, j’ai conservé le goût de la passion en amitié.

Alors je m’acharne là où tous me conseillent de cesser d’appeler. Cela m’a causé des déceptions brulantes et des trahisons jamais vraiment cicatrisées. Et parfois j’en ai tiré des joies sans bornes qui justifient tout le reste.

Il y a des gens que l’on peut cesser de voir et d’entendre des années durant et retrouver comme si quelques heures avaient passé.

C’est  précisément l’exemple inverse qui s’est assis en face de moi l’autre jour.

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