reverie

3 secondes et puis le gris

Ils sont côte à côte dans l’escalator et déjà on ne voit qu’eux.

Il y a une file bien rangée, immobile et toute à sa place. La ligne correctement tracée que forment tous ces habitués alors qu’ils descendent, résignés. Docilement rangés bien à droite. Parce que c’est ainsi, parce que l’usage le dicte.

Et il y a ces deux jeunes hommes que le fait de n’être pas conforme indiffère.

Je suis en montée et ils sont en descente. Le plus proche de moi porte un chapeau et c’est ce qui attire mon regard. Parce qu’un chapeau me coiffe également. J’aime les chapeaux.

Mais ce chapeau-là n’a rien à voir avec le mien. Son cuir est fatigué. C’est un chapeau qui a connu la rue.

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reverie

Le chemin plus que la carte

Les cartes ne me disent rien au premier abord. Au début, je suis toujours perdu. Il me faut un point d’où partir et mettre un pied devant l’autre.

Une idée après l’autre.

Et si l’on est en ville, il me faut m’écarter des raccourcis.

La voiture va trop vite. Elle prive le regard des marches fendillées, des messages laissés sur les murs en latin et argot. La voiture reste sur les grands axes, balisé ; bien rangés.

Le metro est encore pire. Ses cartes sont si simples qu’elles en sont détachées de toute réalité. Le métro reduit les trajets en même temps que la perception des distances.

Et il divise les villes non pas en quartiers, mais en cercles. Des ronds dont le centre est une station.

C’est pratique, mais découvrir une ville ainsi ca ne me convient pas.

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reverie

Dans le bus avec Hubert

rempart d’Avignon - porte Saint Lazare

Il y a quelque chose de profondément attachant chez ce chauffeur de bus.

Lorsqu’on prend les transports en commun on finit par connaitre de vue la plupart des conducteurs. Certains sont plus ou moins sympathiques,  d’autres disparaissent aussitôt de votre mémoire. Mais Hubert est vraiment différent des autres.

Certes, ils ont tous quelques chose de remarquable. Il y en a un qui déteste les usagers et ne vous parle jamais si ce n’est pour marquer son agacement. Un autre ressemble trait pour trait à George Takei, le Monsieur Sulu de Star Trek. Ça lui donne un air sympathique, qui n’a jamais été démenti par ses actes.

Mais, sans discussion possible, c’est Hubert le plus attachant.

La première chose qu’on remarque chez lui, c’est son sourire. Et rien que ça c’est étonnant. Parce qu’Hubert est vraiment gros. Il doit faire pas loin de 150 kilos. Ce n’est pas rien lorsqu’on doit passer sa journée derrière un volant qui n’est pas fait pour cela. Hubert porte son ventre comme d’autres portent un sac de courses, péniblement et parce qu’il le faut. Et dès qu’il en a l’occasion, il glisse un mot gentil aux passagers avec ce sourire qui est tout à lui.

Le danger cependant lorsqu’on a un pareil estomac, c’est qu’il peut finir par vous définir tout entier aux yeux des autres.

Parfois, Hubert se risque à parler aux passagers de sa passion de la cuisine. Lorsqu’il n’est pas à l’avant d’un bus, Hubert est chez lui derrière les fourneaux. Et son regard dérive lorsqu’il explique sa pâte à pizza de la veille ou l’odeur du gigot.

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