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Le management panier à salade

Il y a de cela quelques mois, un ami cadre dans un groupe de taille importante me téléphone. Il  a le cafard, ca transpire dans sa voix. 
Sa direction vient de lui donner l’ordre de se séparer de l’un de ses subordonnés. 
Il ne s’agit pas d’un renvoi mais d’une mutation forcée, à quelques quarante kilomètres, effective sous huit jours. 
Forcément, je passe la conversation en mode juridique, judiciaire même. Je martèles mots « Prud’hommes » et « modification unilatérale du contrat de travail » de manière à ce qu’il soient retenus, et de préférence transmis. 
Puis je comprends que le salarié en question se trouve lui aussi à l’autre bout du fil, assis à coté d’un téléphone dont le haut parleur diffuse mes exclamations depuis bien cinq minutes. 
Et puis, au terme terme d’un entretien tendu, je comprends que mon indignation ne sert à rien.  Pour le salarié en question le problème est d’une simplicité désarmante : s’il refuse sa mutation il sera licencié. 
Peu importe que cette mesure soit une violation flagrante du code du travail.
Pour lui, saisir le conseil des prud’hommes signifie perdre son emploi, pour obtenir gain de cause sans doute, mais pas avant des mois… au mieux. 

Or, il ne peut pas se permettre d’attendre plusieurs mois, pas avec les charges qui sont les siennes. 


 
Je repense à lui à l’instant alors que je viens de lire un article poignant sur Le Monde qui tente de témoigner du vécu des salariés de France Télécom dont la détresse nourrit les colonnes faits divers de nos jour aux depuis des mois.  
 
J’ai eu des mots assez durs à l’encontre de cette entreprise ces derniers jours, j’ai beaucoup à dire sur la qualité de leur service
Mais peu importe, ce n’est pas le sujet.
Non ce qui m’intéresse ce sont ces déclarations assez sidérantes sur les méthodes de management qui sont semble-t’il employées au sein de France Télécom.

Extraits, en vrac :

« Nous avons eu une réorganisation en décembre 2008, une autre était prévue en septembre. C’est le principe du panier à salade : à force de le secouer, il y a des morceaux qui finissent par tomber », déplore Sonia Dupuy, de Donges.« La pression au départ est là, permanente, avec par exemple ces questions sans arrêt : au fait, il en est où ton projet professionnel ? Quelque part, tous se sentent de trop, et c’est terrible à vivre au quotidien. »

« Mon chef m’a dit que je devais me trouver autre chose en interne. Mon poste n’est pas supprimé, il veut juste que je dégage. Il m’a proposé une place de vendeur, à 52 ans ! », explose Bernard.

Certains assurent se sentir harcelés. Ils vivent comme une provocation l’envoi hebdomadaire, le vendredi, des courriels listant les postes disponibles dans la fonction publique. « Les lundis après-midi, notre chef nous demande si nous avons avancé sur notre projet professionnel » [source]

Bien sûr, on peut toujours minimiser la portée de ce type d’article.

Il suffit de penser à la manière dont la journaliste a nécessairement sélectionné un certain profil de témoignages
Moi, à l’instant, je repense au salarié  évoqué plus haut.
A l’instant je me dis que certaines entreprises de grande ampleur emploient ouvertement des méthodes qu’un tribunal saurait parfaitement qualifier.
Or cette idée me met de fort mauvaise humeur.

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