reverie

Les écouteurs dans les virages

Saint jean de Pourcharesse Ardeche

Vous connaissez Saint Jean de Pourcharesse ?

Non, vraisemblablement vous ne connaissez pas. Et c’est précisément là ou je veux en venir.

Ce que vous avez à savoir pour comprendre la suite, c’est que c’est un village d’Ardèche vraiment loin de tout et que pour y accéder, il faut franchir des virages. Beaucoup de virages.

Si j’étais organisateur de rallye, je pense que je refuserais de laisser se dérouler  une épreuve sur cette route.

Trop sinueuse.

Seulement voilà, chaque année je dois me rendre quelques fois à Saint Jean de Pourcharesse. Une fois arrivé, c’est du bonheur de retrouver les gens qui s’y trouvent. Mais cette route… Cette horrible route.

Pourtant, je ne suis pas spécialement malade dans les transports. Au contraire. J’ai été ce gamin agaçant qui lisait au fond du bus durant les voyages scolaires tandis que le reste de la classe enfouissait la tête du un sac en papier. Puis je suis devenu cet enfant taiseux qui jouait à Paperboy sur un Game Boy a l’arrière d’une Renault 5 sur les routes de montagne. Oui. A l’époque on disait « un » Game Boy. Sans rougir.

Mais cette route… J’ai bien tenté de garder ma 3DS pour jouer a Fire Emblem durant le trajet. (On dit une 3DS. Avec le sourire).  Je ne suis pas malade en voiture  je vous dit.

Sauf peut être sur ce trajet à bien y réfléchir.

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Lou et Louis trucident l’ennui

Louis est assis sur un haut tabouret, les coudes lourdement poses sur le bar. Il y a un verre de martini et une coupelle de chips posés devant lui et pas de voisin sur le tabouret d’à coté. Il a les yeux cernés, un costume bon marché et du gel dans ses épais cheveux noirs.

Le premier garçon de café vous dirait que Louis est célibataire et qu’il n’a pas envie de passer la soirée seul après sa journée de travail.

Il n’a pas l’air de chercher une fille pourtant. Ou alors il s’y prend très mal car il y en a deux derrière lui qui rigolent, commandent les Monacos à la paire depuis pas loin d’une heure et le regardent à l’occasion avec une gourmandise assumée.

Louis oscille sur son tabouret, manque de le renverser, se rétablit et prend quelques chips pour se donner une contenance. Une pression de ses doigts lui révèle qu’elles sont un peu molles. Louis mange généralement les chips sans entrain. Les chips molles retournent dans leur coupelle.

Un garçon de café un peu expérimenté ferait observer que Louis a l’air de s’ennuyer pas mal.

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à vif, navigation, reverie

La lente lassitude de l’artilleur

Les métiers sont comme les glaciers. De l’extérieur on n’en voit que la couche qui les recouvre sans pouvoir accéder ni à leurs contours réels, ni a la matière dont ils sont faits.

Aussi, je n’avais pas conscience de tout ce qui allait suivre lorsque je me suis engagé sur ce navire.

Chacun de mes premiers jours de moussaillon a été enivrant. J’avais rêvé de la mer, du vent sur mon visage, mais rien n’aurait pu me préparer aux sensations exactes, au goût de sel sur mes lèvres,  à l’odeur de ma peau transformée par la mer.

J’étais très peu payé. Mes journées commençaient souvent avant le soleil et finissaient bien après lui mais cela valait la peine au regard des certitudes que m’offrait le navire. Le pont sous mes pieds, le gouvernail et le ronflement constant du moteur. Il y a du pouvoir dans un navire et cela me rassurait à une époque où j’en avais besoin.

Alors j’ai dit oui à tout. J’ai laissé à peu près toutes mes possession à terre. J’ai accepté de briquer le pont, de tenir la barre et de faire la cuisine. Je prenais plaisir à visiter la salle des machines et à me salir les mains. Aucune tache n’était indigne tant qu’elle servait le navire.

Lorsque j’avais un moment de libre, je le passais dans la salle radio où je parlais avec d’autres navires ou des inconnus restes sur la terre ferme. Je me suis fait des amis par radio et lors de mes rares permissions à terre, les rencontrer a été un plaisir indicible.

Je me souviens sans peine du jour où je suis devenu artilleur. Le capitaine avait l’air heureux et un peu embêté à la fois. Voilà dix ans que l’état major promettait un nouveau canon pour remplacer celui qui prenait la rouille à l’avant du navire. La livraison prochaine de son remplaçant aurait dû être une bonne nouvelle. Seulement personne ne savait se servir de ce modèle plus moderne et de conception très différente de son prédécesseur. Puisque je n’avais jamais refusé la moindre corvée je n’ai pas compris tout d’abord qu’accepter celle-là allait radicalement changer mon rôle a bord.

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